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Les Instructions Secrètes des Jésuites
(Monita
Secreta)

D’après le
Manuscrit Authentique
* ( Quelque soit la source qui a inspiré cet ouvrage, il est certain qu'elle n'est pas d'inspiration évangélique.
Pierre-Henri Matagne 2007 - AdLumen.net )
Source :
http://www.conspiration.cc/sujets/religion/jesuite01.htm
Une copie
écrite du document de trouve dans la revue Undercover n° 3 / 40 rue du Paradis
76530 Grand-Couronne - France
Les Secrets des Jésuites
(Monita
Secreta)
Avertissement
Les Monita Secreta, ou
Instructions secrètes des Jésuites, ont été publiées pour la première fois à
Cracovie en 1612. D'autres éditions suivirent : celle de Paderborne 1661,
et, en France celles de 1718, 1819, 1824, 1845, 1861, 1867, 1876, enfin celle
publiée chez Cornély en 1901. Toutes sont introuvables aujourd'hui.
Le texte que nous publions est celui
qui a été collationné sur le manuscrit du Père Brothier, dernier bibliothécaire
des Jésuites de Paris avant la Révolution. Il est conforme au manuscrit
authentique des Archives de la Belgique, au Palais de Justice, à Bruxelles.
Catalogué sous le n° 730, il provient
d'un Collège dit Limbourg hollandais où il fut saisi lors de la suppression des
Jésuites aux Pays-Bas, en 1773.
Il en est fait acte dans le
Protocole des délibérations du comité établi pour les affaires résultant de la
suppression de la Société des Jésuites aux Pays-Bas, 25 octobre 1773, avec
signatures de MM. les conseillers Leclerc, le comte Philippe Nouyi, Cornet de
Grez, Limpeux et Turck.
Préface
Que les supérieurs gardent et
retiennent entre leurs mains, avec soin, ces instructions particulières et
qu'ils les communiquent seulement à quelque peu de profès ; instruisant de
quelques-unes les non-profès, lorsque l'avantage de la Société le demandera, et
cela sous le sceau du silence et non comme si elles avaient été écrites par un
autre, mais prises de la propre expérience de celui qui les dit. Comme
plusieurs des Profès sont instruits de ces secrets, la Société a réglé depuis
son commencement que ceux qui les sauraient ne puissent se mettre dans aucun
des autres ordres, excepté dans celui des Chartreux, à cause de la retraite on
ils vivent et du silence inviolable qu'ils gardent, ce que le Saint-Siège a
confirmé.
Il faut bien prendre garde que ces
avertissements ne tombent entre les mains des étrangers, parce qu'ils leur
donneraient un sens sinistre, par envie pour notre ordre. Que si cela arrive (ce
qu'à Dieu ne plaise!) que l'on nie que ce soient là les sentiments de la
Société, en le faisant assurer par ceux que l'on sait de certitude l'ignorer, et
en leur opposant nos instructions générales et nos règles ou imprimées ou
écrites.
Que les supérieurs recherchent
toujours avec soin et avec prudence si quelqu'un des nôtres n'a point découvert
à quelque étranger ces instructions; car personne ne les copiera ni pour soi ni
pour un autre, ni ne souffrira qu'on les copie, que par le consentement du
général ou du provincial, et si l'on doute si quelqu'un est capable de garder
de si grands secrets, qu'on lui dise le contraire et qu'on le renvoie.
Instructions
Secrètes des Jésuites
(Monita
Secreta)
Chapitre Premier
De quelle manière
la Société doit se conduire
lorsqu’elle commence quelque Fondation.
01. Pour se rendre agréable aux
habitants du lieu, il importera beaucoup d'expliquer la fin de la Société,
telle qu'elle est prescrite clans les règles, où il est dit que la Société doit
s'appliquer avec autant d'efforts au salut prochain qu'au sien propre. C'est
pourquoi il faut faire les plus humbles offices dans les hôpitaux, aller voir
les pauvres les affligés et les prisonniers. Il faut ouïr les confessions
promptement et indifféremment afin que les plus considérables habitants du lieu
admirent les nôtres et les aiment, à cause de la charité extraordinaire que
l'on aura pour tous et la nouveauté de la chose.
02. Qu'ils se souviennent tous
de demander modestement et religieusement le moyen d'exercer les ministères de
la Société et qu'ils tâchent de gagner la bienveillance principalement des
ecclésiastiques et des séculiers de l'autorité desquels on a besoin.
Chapitre II
De quelle manière les pères de la Société
pourront acquérir et conserver la familiarité
des Princes des Grands et des personnes les plus considérables.
01. Il faut faire tous nos
efforts pour gagner partout l'oreille et l'esprit des princes et des personnes
les plus considérables, afin que personne n'ose s'élever contre nous; mais, au
contraire, que tous soient obligés de dépendre de nous.
02. Comme l'expérience enseigne
que les princes et les grands seigneurs sont principalement affectionnés aux
personnes ecclésiastiques, lorsque celles-ci dissimulent leurs actions
odieuses, et qu'elles les interprètent favorablement, comme on le remarque dans
les mariages qu'ils contractent avec leurs parentes ou alliées, ou en de
semblables choses, il faut encourager ceux qui les font, en leur faisant
espérer d'obtenir facilement, par le moyen des nôtres, des dispenses du pape,
qu'il accordera si on lui explique les raisons; si l'on produit des exemples
semblables, et si l'on expose les sentiments qui les favorisent, sous prétexte
du bien commun et de la plus grande gloire de Dieu, ce qui est le but de la
Société.
03. Il faut faire de même, si
le prince entreprend quelque chose qui ne soit pas également agréable à tous
les grands seigneurs; il faut l'encourager et le pousser, et porter les autres
à s'accorder avec le prince et à ne pas le contredire; mais, en général sans
descendre jamais à aucune particularité, de peur que, si l'affaire échouait, on
ne l'imputât à la Société; et enfin que, si cette action est désapprouvée, on
produise des avertissements contraires qui la mettent hors de cause, et que
l'on emploie l'autorité de quelques pères, à qui l'on soit assuré que ces
instructions sont inconnues, et qui puissent affirmer par serment que l'on calomnie
la Société, à l'égard de ce qu'on lui impute.
04. Pour s'emparer de l'esprit
des princes, il sera utile que les nôtres s'insinuent adroitement, et, par
quelques tierces personnes, pour faire pour eux des ambassades honorables et
favorables chez les autres princes et rois, mais surtout chez le pape et les
plus grands monarques. Par cette occasion, ils pourront se recommander, et avec
eux la Société; c'est pourquoi il ne faudra destiner à cet office que des
personnes fort zélées et fort versées dans notre institut.
05. Il faut gagner surtout les
favoris des princes et leurs domestiques, par de petits présents et par divers
offices de piété, afin qu'ils instruisent fidèlement les nôtres de l'humeur et
de l'inclination des princes et des grands; et, ainsi la Société pourra
facilement s'y accommoder.
06 L'expérience nous a appris
combien il a été utile à la Société de ce mêler des mariages de la maison
d'Autriche et de ceux qui se sont faits en d'autres royaumes, en France, en
Pologne, etc., et en divers duchés. C'est pourquoi il faut proposer prudemment
des partis choisis, qui soient les amis et familiers des parents et des amis
des nôtres.
07. On gagnera facilement les
princesses par leurs femmes de chambre, et pour cela, il faut entretenir leur
amitié, car, par là, on aura entrée partout, et même dans les choses les plus
secrètes des familles.
08. Dans la direction de la conscience des grands seigneurs, nos confesseurs suivront le sentiment des auteurs qui .font la conscience plus libre contre le sentiment des, autres religieux, afin que, abandonnant ceux-ci, ils veuillent entièrement dépendre de notre direction et de nos conseils.
09. Il faut faire part de tous
les mérites de la Société, tant aux princes qu'aux prélats et à tous ceux qui
peuvent favoriser extraordinairement la Société, après leur avoir signalé
l'importance de ce grand privilège.
10. Il faut aussi insinuer
habilement et prudemment le, pouvoir très ample que possède la Société
d'absoudre même des cas réservés, en comparaison des autres pasteurs et
religieux, et, de plus, de dispenser, à l'égard des jeûnes, des dettes que l'on
a à rendre ou à exiger, des empêchements des mariages et autres choses connues;
ce qui fera que beaucoup de gens auront recours à nous et seront nos obligés.
11. Il faut les inviter aux
sermons, aux confréries, aux harangues, aux déclamations, etc.; les honorer par
des vers, par des thèses, et, s'il le faut, leur donner même des repas et les
saluer en diverses manières.
12. Il faudra s'attirer le soin
de réconcilier les grands dans les inimitiés et dissensions qu'il y aura entre
eux; car, par là, nous entrerons peu à peu dans le commerce de ceux qui leur
sont familiers, dans la connaissance de leurs secrets, et nous obligerons l'une
ou l'autre des parties.
13. Si quelqu'un qui n'aime pas
notre Société se trouve au service de quelque monarque ou de quelque prince, il
faut travailler ou par nous-mêmes, ou plutôt par d'autres, à le rendre ami et
familier à la Société par des promesses, par des faveurs, et par des
avancements qu'on lui procurera de la part du monarque ou du prince.
14. Que tous se gardent de
recommander auprès de qui que ce soit, ou d'avancer ceux qui sont sortis de
quelque manière que ce soit de notre Société, et principalement ceux qui ont
voulu sortir de leur propre mouvement, parce que, quoi qu'ils dissimulent, ils
ont toujours une haine irréconciliable pour la Société.
15. Enfin, que chacun se
préoccupe de gagner la faveur des princes, des grands et des magistrats de
chaque lieu, afin, lorsque l'occasion se présentera, d'agir vigoureusement et
fidèlement pour nous, même contre leurs parents, alliés et amis.
Chapitre III
Comment la Société doit se conduire
à l’égard de ceux qui sont de grande Autorité dans l’État
et qui, sans être riche, PEUVENT néanmoins rendre d’autres services.
01. Outre ce qu'on vient de
dire, et tout cela peut s'appliquer aux grands, il faut encore s'attirer leur
faveur contre nos ennemis.
02. Il faut se servir de leur
autorité, de leur prudence et de leur conseil pour mépriser les biens et pour
acquérir divers emplois qui puissent être exercés par la Société, en se
.servant, tacitement et en secret, de leurs noms, dans l'acquisition des biens
temporels, si l'on croit que l'on puisse assez s'y fier.
03. Il faut se servir d'eux
pour adoucir les personnes viles, et la populace contraire à notre Société.
04. Il faudra exiger ce que
l'on pourra des évêques, des prélats et autres supérieurs ecclésiastiques,
selon la diversité des raisons, et le penchant qu'ils auront pour nous.
05. Quelquefois ce sera assez
d'engager les prélats et les curés à faire en sorte que ceux qui leur sont
soumis laient du respect pour la, Société, et qu'ils n'empêchent point nos
fonctions dans d'autres lieux, où ils ont plus de puissance, comme en
Allemagne, en Pologne, etc. Il leur faudra rendre de grands respects, afin que,
par leur autorité et par celle des princes, les monastères, les paroisses, les
prieurés, les patronats, les fondations de messes, les lieux consacrés,
puissent tomber entre nos, mains ; car nous les pourrons facilement
obtenir, là où les catholiques sont mêlés avec les schismatiques et les
hérétiques. Il faut remontrer à ces prélats l'utilité et le grand mérite de
semblables changements, qu'on ne peut pas attendre des prêtres, des séculiers
et des moines : s'ils les font il faut louer publiquement leur zèle, même
par écrit, et rendre éternelle la mémoire de leur action.
06. A cette fin, il faut tâcher
que ces prélats se servent des nôtre, soit pour les confessions, soit pour les
conseils ; que s'ils aspirent à de plus hauts degrés dans la cour de Rome,
il les faudra aider de toutes nos forces et par nos amis qui peuvent y contribuer
en quelque chose.
07. Que les nôtres s'attachent,
auprès des évêques et des princes, lorsqu'ils fondent des collèges et des
églises paroissiales, à ce que la Société ait le pouvoir d'y mettre des
vicaires ayant cure d'âmes, et crue le Supérieur dit lieu, en ce temps-là, en
vit le curé, afin que tout le gouvernement de cette église soit à nous, et que
les paroissiens soient, tous soumis à notre Société en sorte que l'on puisse
obtenir tout d'eux.
08. Là où ceux des académies
nous sont hostiles, là où les catholiques ou les hérétiques empêchent les
fondations, il faut agir par les prélats et occuper les premières chaires,
car ; ainsi il arrivera que la Société fera connaître, au moins par
occasion, ses nécessités et ses besoins.
09. Il faudra, surtout, obliger
les prélats de l'Église, quand il s'agira de la bénédiction ou de la
canonisation des nôtres, et il faudra, en toutes manières, obtenir des lettres
des grands seigneurs et des princes par lesquelles l'affaire soit avancée
auprès du siège apostolique.
10. S'il arrive que les prélats
ou les grands seigneurs fassent une ambassade, il faudra bien prendre garde
qu'ils ne se servent d'autres religieux qui sont en rivalité avec nous, de peur
qu'ils ne fassent passer cette passion dans leur esprit, et qu'ils ne la
portent dans les provinces et dans lies villes où nous demeurons ; que si
ces ambassadeurs passent dans les provinces et dans les villes où la Société a
des collèges il faut les recevoir avec beaucoup d'honneurs et d'affection, et
les traiter aussi bien due la modestie religieuse le permettra.
Chapitre IV
Ce qu’on doit recommander
aux prédicateurs et aux confesseurs des Grands.
001. Que les nôtres dirigent
les princes et les hommes illustres de façon à ce qu'ils paraissent seulement
tendre à la plus grande gloire de Dieu , et à une telle austérité de conscience
que les princes mêmes voudront bien accorder ; car leur direction nie doit
pas regarder d'abord, mais insensiblement le gouvernement extérieur et
politique.
02. C'est pourquoi il importe
de les avertir souvent que la distribution des honneurs et des dignités, dans
l'État, regarde la justice; et que les princes offensent directement Dieu,
lorsqu'ils n'y ont point d'égard, et qu'ils agissent par passion ; qu'ils
protestent sauvent et sérieusement qu'ils ne veulent point se mêler de
l'administration de l'État, mais qu'ils parlent malgré eux, par raison de leur
devoir. Quand les princes auront bien compris cela, qu'on leur explique quelles
vertus doivent avoir ceux que l'on choisit pour les dignités et pour les
charges publiques et principales, et qu'on leur nomme et recommande enfin les
amis sincères de la Société. Cela, néanmoins, ne doit pas se flaire
immédiatement par les nôtres, mais se pourra faire de meilleure grâce par ceux
qui sont familiers avec le prince, à moins qu'il ne force les nôtres de le
faire.
03. C'est pourquoi les
confesseurs et les prédicateurs de notre Société seront informés, par des amis,
de ceux qui sont propres à quelque charge que ce soit, et surtout qui sont
libéraux envers la Société ; qu'ils aient leurs noms, et qu'ils les
insinuent, en leur temps, aux princes avec adresse, ou par eux-mêmes ou par
d'autres.
04. Que les confesseurs et les
prédicateurs se souviennent de traiter les princes avec douceur, et, en les
caressant, ne les choquer ni dans les sermons, ni dans les entretiens
particuliers, d'écarter d'eux toutes sortes de craintes, et dé les exhorter
principalement à la foi, à l'espérance et à la justice politique.
05. Qu'ils ne reçoivent presque
jamais de petits présents poux leur usage particulier ; mais qu'ils
recommandent la nécessité publique de la province ou du collège ; qu'ils
soient content à la maison d'une chambre ,meublée simplement, qu'ils ne
s'habillent pas trop proprement et qu'ils aillent promptement aider et consoler
les plus humbles personnes du palais, de peur qu'on ne croie qu'ils ne sont
prêts à servir que les grands seigneurs.
06. Aussitôt après la mort des
officiers, qu'ils aient soin de parler de bonne heure de leur substituer
quelques amis de la Société, et qu'ils évitent le soupçon d'arracher le
gouvernement des mains du prince. C'est pourquoi, comme on l'a déjà dit, qu'ils
ne s'en mêlent pas directement, mais qu'ils y emploient des amis fidèles et
puissants, qui puissent soutenir la haine s'il arrive qu'il y en ait.
Chapitre V
Comment il faut se conduire à l’égard des
religieux
qui remplissent dans l’Église les mêmes fonctions que nous.
01. Il faut supporter avec
courage cette espèce de gens et faire entendre à propos aux princes et à ceux
qui ont quelque autorité et qui sont en quelque sorte attachés à nous, que
notre Société renferme la perfection de tous les ordres, excepté le chant et
l'austérité extérieure dans la manière de vivre et dans les habits ; et
que si les autres religieux excellent en quelque chose la Société brille d'une
manière plus éminente dans l'Église, de Dieu.
02. Que l'on cherche et que
l'on remarque les défauts des autres religieux, et après les avoir découverts
et publiés avec prudence, et comme en les déplorant, à nos fidèles amis, que
l'on montre qu'ils ne s'acquittent pas si heureusement des fonctions qui nous
sont communes avec eux.
03. Il faut s'opposer avec plus
d'efforts à ceux qui veulent établir des écoles pour enseigner la jeunesse dans
les lieux où les nôtres enseignent avec honneur et avec profit ; que l'on
fasse comprendre aux princes et eaux magistrats que ces gens causeront du
trouble et des séditions dans l'État, si on ne les empêche,, et que les
brouilleries commenceront par les enfants qui seront instruits diversement, et
qu'enfin la Société suffit pour instruire la jeunesse ; si ces religieux
ont obtenu des lettres du pape, ou s'ils ont pour eux la recommandation des
cardinaux, que les nôtres agissent contre eux par les princes et par les grands
qui informeront le pape des mérites de la Société et de la suffisance pour
instruire la jeunesse en paix ; qu'ils tâchent d'avoir et qu'ils
produisent des témoignages des magistrats, touchant leur bonne conduite et leur
bonne instruction.
04. Cependant, que les nôtres
s'efforcent de donner des marques particulières de vertu et d'érudition, en
exerçant les écoliers dans les études, et par d'autres jeux scolastiques,
propres à attirer l'applaudissement, et représentés devant les grands, les
magistrats et le peuple.
Chapitre VI
De la manière de gagner les veuves riches
01. Que l'on choisisse pour cela: des
Pères avancés en âge, qui soient d'une complexion vive et d'une conversation
agréable. Qu'ils visitent ces veuves là et que d'abord qu'ils verront en elle
quelque affection pour la Société, qu'on leur offre les œuvres et les mérites de
la Société. Que si elles les acceptent, et qu'elles commencent à visiter nos
églises, qu'on les pourvoie d'un confesseur, par lequel elles soient bien
dirigées, dans la vue de les entretenir dans l'état de veuve, en disant et
louant ses avantages et son bonheur, et leur promettant
certainement et leur répondant même que de cette manière elles auront un mérite
éternel, et un moyen très efficace pour éviter les peines du purgatoire.
02. Que le même confesseur
fasse en sorte qu'elles s'occupent à embellir une chapelle ou un oratoire dans
leur maison, dans lequel elles puissent vaquer à des méditations ou autres
exercices spirituels afin qu'elles s'éloignent de la conversation et des
visites de ceux qui les pourraient rechercher ; et quoiqu'elles aient un
chapelain, que les autres ne laissent pas d'y aller célébrer la messe, et
particulièrement de leur faire des exhortations à propos et qu'ils tâchent de
tenir le chapelain sous eux.
03. Il faut changer avec
prudence et insensiblement ce qui concerne la direction de la maison, en sorte
que l'on ait égard à la personne, au lieu, à son affection et à sa dévotion.
04. Il faut principalement
éloigner les domestiques (mais peu à peu) qui n'ont point de commerce
avec la Société; et s'il en faut substituer d'autres, recommander des gens qui
dépendent ou qui veuillent dépendre des nôtres ; car ainsi on nous fera
part de tout ce qui se passe dans la famille.
05. Que le confesseur n'ait
d'autre but que de faire en sorte que la veuve demande et suive son conseil en
toutes choses, et qu'il lui démontre dans l'occasion que cette obéissance est
l'unique fondement de son avancement spirituel.
06. Qu'on lui conseille le
fréquent usage des sacrements, qu'elle les pratique, et surtout celui de la
pénitence, dans lequel elle découvrira ses plus secrètes pensées et toutes ses
tentations avec beaucoup de liberté. Qu'elle communie fréquemment;
qu'elle aille souvent écouter son confesseur, et qu'on l'y invite, en lui
promettant des prières particulières; qu'elle récite les litanies, et
qu'elle examine tous les jours sa conscience.
07. Une confession générale
réitérée, quoiqu'elle l'ait déjà faite à un autre, ne servira pas peu pour
avoir une pleine connaissance de toutes ses inclinations.
08. On lui remontrera tous les
avantages de l'état de veuve et les incommodités du mariage, surtout lorsqu'on
le réitère : les dangers dans lesquels on se met, et principalement ceux
qui la concernent en particulier.
09. On peut aussi proposer de temps en temps et avec adresse, des partis pour lesquels on sait bien que la veuve a de la répugnance ; et si l'on croit qu'il y en a quelques-uns qui lui plaisent, qu'on lui en représente les mauvaises mœurs, afin qu'en général elle n'ait que du dégoût pour les secondes noces.
10. Quand donc on est assuré
qu'elle est bien disposée pour le veuvage, il faut lui recommander la vie
spirituelle, mais non pas la religieuse, dont il faut plutôt décrire les
incommodités, mais telle que l'était celle de Paula et d'Eustochim, etc. Que le
confesseur fasse en sorte qu'ayant fait au plus tôt vœu de chasteté, pour deux
ou trois ans au moins, elle ferme tout à fait la porte aux secondes noces.
Alors il faut empêcher qu'elle ne fréquente des hommes et qu'elle ne se
divertisse même avec ses parents et ses alliés sous prétexte de l'unir plus
étroitement à Dieu. Pour les ecclésiastiques par lesquels la veuve sera visitée,
ou qu'elle ira voir, si on ne les peut pas tous exclure, qu'ils soient de ceux
qu'elle reçoive à la recommandation des nôtres, ou qui en dépendent:
11. Quand on :en sera venu
jusque-là, il faudra porter peu à peu la veuve à de bonnes couvres, et surtout
aux aumônes, qu'elle ne fera néanmoins pas sans la direction de son père
spirituel ; parce qu'il est important que l'on mette à profit, avec
discrétion, le talent spirituel, et que les aumônes mal employées sont souvent
la cause de divers péchés, ou les entretiennent, de sorte qu'on n'en tire que
peu de fruit ou de mérite.
Chapitre VII
Comment il faut entretenir les veuves et
disposer des biens qu’elles ont.
01. Qu'on les presse de
continuer dans leur dévotion et dans leurs bonnes œuvres, en sorte qu'il ne se
passe point de semaine qu'elles ne retranchent de leur superflu quelque chose
en l'honneur de Jésus-Christ, de la Sainte Vierge ou du saint qu'elles auraient
choisi comme patron, et qu'elles le donnent aux pauvres ou pour l'ornement de
l'Église jusqu'à ce qu'on les ait entièrement dépouillées des prémices et des
dépouilles de l'Égypte.
02. Que si, outre une affection
générale, elles témoignent leur libéralité envers notre Société, et qu'elles,
continuent, qu'on leur fasse part de tous les mérites de la Société, avec des
indulgences particulières du provincial, ou, si ce sont des personnes d'assez
grande qualité, du général de l'Ordre.
03. Si elles ont fait vœu de
chasteté, qu'elles le renouvellent deux fois l'année, selon notre coutume, en
leur accordant ce jour-là une récréation honnête avec les nôtres.
04. Qu'on les Visite souvent et
qu'on les entretienne d'une manière agréable, et qu'on les réjouisse par des
histoires spirituelles et des plaisanteries, selon l'humeur et l'inclination de
chacune.
05. Qu'on ne les traite pas
avec trop de rigueur dans la confession, de peur qu'elles ne deviennent
chagrines, à moins que peut-être on ne désespère de regagner, leur faveur, dont
d'autres se seront rendus les maîtres. En cela il faut juger avec beaucoup de
discernement du naturel inconstant des femmes.
06. Qu'on les empêche
adroitement de visiter les autres églises et d'y aller voir les fêtes,
principalement dans celles des religieux, et qu'on leur redise souvent que toutes
les indulgences accordées aux autres Ordres sont rassemblées dans notre
Société.
07. S'il faut qu'elles se
mettent en deuil, qu'on leur accorde des ajustements qui aient bon air et qui
ressentent quelque chose de spirituel et de mondain en même temps, afin
qu'elles ne croient pas qu'elles soient gouvernées par un homme entièrement
spirituel. Enfin, pourvu qu'il n'y ait pas de danger d'inconstance, et si elles
sont toujours fidèles et libérales envers la Société qu'on leur accorde, avec
modération et sans scandale, ce qu'elles demandent pour leur sensualité.
08. Que l'on mette chez les
veuves des filles honnêtes et nées de parents riches et nobles, qui
s'accoutument peu à peu à nôtre direction et à notre manière de vivre ;
qu'elles aient une gouvernante choisie et établie par le confesseur dans toute
la famille ; qu'elles soient soumises à toutes les censures et à toutes
les coutumes de la Société ; et pour celles qui ne voudront pas s'y
accommoder, qu'on les renvoie à leurs parents ou à d'autres par qui elles ont
été amenée, et qu'on les décrive comme des fantasques d'un naturel difficile,
etc.
09. Il ne faudra pas avoir
moins de soin 'de leur santé et de leur récréation que de, leur salut. C'est
pourquoi, si elles se, plaignent d'indispositions, on leur défendra les jeûnes,
les cilices, les disciplines corporelles, et on ne leur permettra pas d'aller à
l'élise, mais on les gouvernera à la maison en secret et avec précaution. Qu'on
les laisse entrer dans le Jardin et dans le collège, pourvu que cela se fasse secrètement,
et qu'on leur permette de se récréer en secret avec ceux qui leur plairont le
plus.
10. Afin qu'une veuve dispose
des revenus qu'elle a en faveur de la Société, qu'on lui propose la perfection
de l'état des hommes saints qui, rayant renoncé au monde, à leurs parents et à
leurs biens, se sont attachés au service de Dieu avec une grande résignation et
avec joie. Qu'on leur explique, dans cette vue, ce qu'il y a dans la
constitution et dans l'examen de la Société touchant cette renonciation à toutes
choses ; qu'on leur allègue l'exemple des veuves qui, en peu de temps,
sont devenues ainsi des saintes, en leur faisant espérer d'être canonisées si
elles continuent de même jusqu'à la fin et qu'on leur fasse voir que le crédit
des nôtres ne leur manquera pas pour cela auprès du Pape.
11. II faut imprimer fortement
dans leur esprit que si elles veulent jouir d'un parfait repos de conscience,
il faut suivre sans murmure, sans ennui et sans aucune répugnance intérieure,
tant dans les choses temporelles que dans les spirituelles, la direction de
leur confesseur comme destiné particulièrement de Dieu.
12. Il faut les instruire
aussi, dans l'occasion, que, si l'aumône qu'elles font aux ecclésiastiques et
surtout aux religieux d'une vie exemplaire est la plus convenable, elles ne
doivent cependant le faire qu'avec l'approbation de leur confesseur.
13. Les professeurs prendront
garde, avec le plus grand soin, que ces sortes de veuves qui seront leurs
pénitentes n'aillent voir d'autres religieux, sous quelque prétexte que ce
soit, ou qu'elles n'entrent en familiarité avec eux. Afin de l'empêcher, ils
tâcheront de vanter à propos la Société comme un ordre plus excellent que les
autres, très utile dans l'Église, de la plus grande autorité auprès du Pape et
de tous les princes, très parfait en lui-même, parce qu'il renvoie ceux qui
sont nuisibles et peu propres, et dans lequel il n'y a ni écume ni lie, comme
il y en a beaucoup parmi les moines, qui sont lé plus souvent ignorants,
stupides, paresseux, négligents en ce qui regarde leur salut; adonnés au
ventre, etc.
14. Que les confesseurs leur
proposent et qu'ils leur persuadent de payer des pensions ordinaires et des
tributs pour aider tous les ans les collèges et les maisons professes, et
surtout la maison professe de Rome, à s'acquitter de leurs dettes, et qu'ils
n'oublient pas les ornements du temple, la cire, le vin, etc., qui sont
nécessaires â la célébration de la messe.
15. Que si une veuve, pendant
sa vie, ne donne pas entièrement ses biens à la Société, qu'on lui propose, par
occasion et surtout lorsqu'elle sera malade, ou en grand danger de la vie, la
pauvreté, la nouveauté et la multitude de plusieurs collèges qui ne sont pas
encore fondés, et qu'on la pousse avec douceur et avec force à faire des
dépenses, sur lesquelles elle puisse fonder sa gloire éternelle.
16. Il faut faire la même chose
à l'égard des princes et des autres bienfaiteurs ; il leur faut persuader
ce qui est perpétuel dans ' ce inonde et qui leur peut gagner une gloire
éternelle dans l'autre de la part de Dieu. Que si quelques malveillants
allèguent par-ci par-là l'exemple de Jésus-Christ, qui n'avait pas où reposer
sa tête, et veulent que la Compagnie de Jésus soit de même très pauvre, qu'on
leur montre à tous et qu'on imprime sérieusement dans leur esprit que l'Église
de Dieu est présentement changée, et qu'elle est devenue une monarchie, qui
doit se soutenir, par l'autorité et par une grande puissance, contre ses
ennemis qui sont très puissants ; et qu'elle est cette petite pierre
coupée qui est devenue une très grande montagne, prédite par un prophète.
17. Que l'on montre souvent à
celles qui se sont données aux aumônes et à embellir les églises, que la
souveraine perfection consiste en ce que, en se dépouillant de l'amour des
choses terrestres, elles reportent cet amour sur Jésus-Christ et ses
compagnons.
18. Mais comme il y a toujours
moins à espérer des veuves qui élèvent leurs enfants pour le monde, nous verrons
comment on peut y remédier.
Chapitre VIII
Comment il faut faire
pour que les enfants des veuves
embrassent l’État religieux ou de dévotion.
01. Comme il faut que les mères
agissent avec vigueur, les nôtres devront se conduire avec douceur en cette occasion.
Il faut instruire les mères à chagriner leurs enfants dès leur tendre jeunesse,
par des censures et remontrances, etc., et principalement, lorsque leurs filles
sont plus âgées, à leur refuser des parures; souhaitant souvent et priant Dieu
qu'elles aspirent à l'état ecclésiastique, et leur promettant une dot
considérable, si elles veulent se faire religieuses. Qu'elles leur montrent
souvent les difficultés qui sont communes à tous les mariages, et celles
qu'elles ont éprouvées en leur particulier : et qu'elles témoignent
d'avoir la douleur de ce qu'en leur temps elles n'ont pas préféré le célibat au
mariage. Enfin, qu'elles se conduisent en sorte que leurs filles
particulièrement, ennuyées de vivre de la sorte auprès de leurs mères, pensent
à se faire religieuses.
02. Que les nôtres conversent
familièrement avec leurs fils, et s'ils paraissent propres pour notre
Compagnie, qu'on les introduise à propos dans le collège, et qu'on leur montre
ce qui leur pourra plaire et les inviter à s'affilier à nous, par exemple les
jardins, les vignes les maisons de campagne et les métairies, où les nôtres
vont se divertir ; qu'on leur parle des voyages qu'ils font en divers
royaumes, du commerce qu'ils ont avec les princes, et de tout ce qui peut
réjouir la jeunesse ; qu'on leur fasse voir la propreté du réfectoire et
des chambres, la conversation agréable que les nôtres ont entre eux, la
facilité de notre règle, à laquelle, néanmoins, la gloire de Dieu est attachée
la prééminence de notre ordre par dessus les autres ; et qu'on ait avec
eux des entretiens plaisants, aussi bien que pieux.
03. Qu'on les exhorte, comme
par révélation, à la religion en général, et qu'on leur insinue adroitement la
perfection et la commodité de notre institut, par-dessus les autres qu'on leur
dise, et dans les exhortations publiques et dans les entretiens particuliers,
de quelle grandeur est le péché de ceux qui se rebellent contre la vocation
divine ; et, qu'enfin, on les engage à faire des exercices spirituels,
afin qu'ils prennent leur résolution sur l'état de vie qu'ils veulent choisir.
04. Que les nôtres fassent en
sorte que ces jeunes gens aient des précepteurs attachés à notre Société, qui
veillent continuellement à cela et qui les exhortent ; mais s'ils
résistent, qu'on leur ôte diverses choses, afin qu'ils s'ennuient de la
vie ; que leur mère leur expose les difficultés de lia famille. Enfin, si
l'on ne peut pas faire en sorte que de leur bon gré ils veuillent entrer dans
notre Société, qu'on les envoie aux collèges éloignés de notre Compagnie, comme
pour y étudier ; et que' du côté de leur mère, on ne leur fasse que peu de
douceurs, et qu'au contraire, notre Société les flatte pour gagner leur
affection.
Chapitre IX
De l’augmentation des revenus des collèges
01. Que personne, autant qu'il
sera possible, ne soit admis au dernier vœu, pendant qu'il attend quelque
succession, à moins qu'il n'ait un frère plus jeune que lui dans la Société, ou
à cause d'autres raisons graves. Surtout et avant toutes choses, il faut
travailler à l'augmentation de la Société, selon les fins qui sont connues aux
supérieurs, qui doivent au moins s'accorder en cela, qu'à la plus grande gloire
de Dieu, l'Église soit rétablie dans son premier éclat, en sorte qu'il n'y ait
qu'un seul esprit dans tout le clergé. C'est pourquoi il faut dire souvent et
publier fréquemment que la Société est composée en partie de professes si
pauvres qu'ils manqueraient de tout sans les libéralités quotidiennes des
fidèles ; et, en partie d'autres pères qui sont pauvres, mais qui
possèdent des biens immeubles, pour n'être pas à charge au peuple, dans leurs
études et dans leurs fonctions, comme les autres mendiants. Que les
confesseurs, donc des princes, des grands des veuves et des autres de qui notre
Compagnie peut beaucoup espérer; les en instruisent sérieusement, afin que,
puisqu'on leur donne les choses spirituelles et éternelles, on en reçoive les
terrestres et temporelles, et qu'ils ne laissent échapper aucune occasion de
recevoir, quand on leur offre. Que si l'on a promis et que l'on diffère, il
faut prudemment en faire ressouvenir, en dissimulant, autant qu'il est
possible, l'envie que l'on a d'être riche. Que si quelqu'un des confesseurs des
grands ou des autres ne parait pas assez adroit pour pratiquer tout cela, il faut
lui ôter cet emploi en temps opportun, avec prudence, et en mettre un autre en
sa place,; et, s'il est nécessaire, pour la plus grande satisfaction des
pénitents, qu'on le relègue à des collèges plus éloignés, en disant que la
Société a besoin de sa personne et de ses talents en ces lieux-là ; car
nous avons appris, il n'y a pas longtemps, que de jeunes veuves, mortes avant
le temps, n'avaient pas légué" des meubles fort précieux à nos églises,
par la négligence des nôtres, qui ne les avaient pas acceptés à temps. Pour
accepter de semblables choses, il ne faut pas regarder les temps, mais la bonne
volonté du pénitent.
02. Il faut employer diverses
adresses pour attirer les prélats, les chanoines et les pasteurs, et les autres
ecclésiastiques riches à des exercices spirituels, et, peu à peu, par le moyen
de l'affection qu'ils ont pour les choses spirituelles, les gagner à la
Société, et ensuite pressentir leur libéralité.
03. Que les confesseurs ne
négligent pas de demander à leurs pénitents (pourvu néanmoins qu'ils le
fassent à propos) quel est leur nom, leur famille, leurs parents, leurs
amis, leurs biens et, ensuite, 'de s'informer de leurs successions, de leur
état, de leurs intentions et de leur résolution ; crue, s'ils ne l'ont pas
encore prise, il faut tâcher de la rendre favorable à la Société. Que si,
d'abord on conçoit l'espérance de quelque profit, parce qu'il n'est pas à
propos de demander tout en même temps qu'on leur ordonne que, pour se décharger
d'autant plus la conscience ou pour faire une pénitence qui les guérisse, ils
se confessent. Que le confesseur les invite honnêtement, afin qu'il s'informe à
plusieurs reprises de ce dont il n'a pu être informé en une seule fois. Si cela
réussit, et que ce soit une femme; il faut l'engager, par tous les moyens
possibles, à se confesser souvent et à visiter souvent l'Église; si c’est un
homme, à fréquenter la Compagnie, et à devenir familier avec les nôtres.
04. Ce que l'on a dit des
veuves, il faut aussi entendre qu'on l'a dit des marchands, des bourgeois
riches et mariés, mais sans enfants, desquels la Société peut être souvent
l'héritière, si l'on emploie prudemment les pratiques que l'on a
manquées ; mais il faudra surtout observer ce que l'on a dit à l'égard des
dévotes riches qui fréquenteront les nôtres, et dont le vulgaire peut tout au
plus murmurer si elles ne sont pas de ,grande qualité.
05. Les recteurs des collèges
s'efforceront d'avoir connaissance des maisons, des jardins, des fonds des
vignes des villages et des autres biens qui sont possédés par la principale
noblesse, par les marchands, ou par les bourgeois, et, si cela se peut, des
intérêts et des charges qu'ils ont à payer ; mais il faut s'y prendre avec
adresse, et d'une manière efficace par la confession, par la familiarité et par
les entretiens particuliers. Lorsqu'un confesseur a .trouvé un pénitent riche,
qu'il en avertisse d'abord le recteur, et qu'il l'entretienne en toutes
manières.
06. Le point capital de toute
l'affaire consiste en ceci : c'est que tous nos gens sachent gagner, la
bienveillance de leurs pénitents et de tous les autres avec lesquels ils
conversent, et s'accommoder à l'inclination de chacun ; c'est pourquoi,
que les provinciaux fassent an sotte que l'on en envoie beaucoup dans les lieux
habités par les riches et les nobles, et afin que les provinciaux le puissent
faire avec plus de prudence et de bonheur, que les recteurs se souviennent de
les informer à propos de la moisson qu'il y a à faire.
07. Qu'ils s'informent si, en
recevant les enfants dans la Compagnie, ils pourront s'attirer les contrats et
les possessions, et si cela se peut faire, qu'ils s'informent s'ils céderont
quelques-uns de leurs biens au collège ou par contrat, ou en les louant, ou
autrement, ou s'ils reviendront après quelque temps à la Société ; pour
laquelle fin il faudra faire connaître, principalement à tous les grands et aux
riches, ses besoins et les dettes dont elle est chargée.
08. S'il arrive que les veuves,
ou les mariés riches et attachés à la Compagnie n'aient que des filles, les
nôtres les 'disposeront doucement à choisir une vie dévote ou religieuse. afin
qu'en leur laissant quelque dot, le reste des biens revienne peu ,à peu à la
Société ; que, s'ils ont des fils qui soient propres à la Compagnie, on
les y attirera, et on fera entrer les autres en d'autres religions en leur
promettant une certaine petite somme ; mais, s'il n'y a qu'un fils unique,
.on l'attirera à quelque prix que ce soit à la Compagnie, et on lui ôtera toute
sorte de crainte de ses parents ; on lui inculquera la vocation de Jésus-Christ,
en lui montrant qu'il fera un sacrifice agréable à Dieu, s'il s'enfuit à l'insu
de son père et de sa mère et malgré eux ; qu'on l'envoie ensuite à un
noviciat éloigné, après en avoir informé auparavant le général. Que, s'ils ont
des fils et des filles, que l'on dispose auparavant les filles à la vie dévote,
et l'on fera entrer ensuite les fils dans la Compagnie, avec la succession des
biens.
09. Que les supérieurs
avertissent fortement et doucement les confesseurs de ces veuves et de ces gens
mariés, afin qu'ils s'emploient utilement pour la Société, selon ces
instruction ; s'ils ne le font pas qu'on en mette d'autres en leur place,
et qu'on les en éloigne, en sorte qu'ils ne puissent pas entretenir de
relations avec cette famille.
10. Que l'on amène les veuves
et les autres personnes dévotes, qui tendent avec ardeur à la perfection à
céder toutes leurs possessions à la Société, et à vivre de ses revenus, dont on
leur fera part perpétuellement, selon qu'elles en auront besoin pour servir
plus librement Dieu, sans soins et sans inquiétude, comme tétant le moyen le
plus efficace pour parvenir au faîte de la perfection.
11. Afin de mieux persuader au
monde la pauvreté de la Société, que les supérieurs empruntent de l'argent des
personnes riches attachées à la Compagnie, sur des billets de leur main dont
le paiement sera différé ; qu'ensuite, principalement dans les temps d'une
maladie dangereuse, on visite constamment une telle personne et qu'on la
prévienne en sorte qu'on l'engage à rendre le billet, car ainsi il ne sera pas
fait mention des nôtres dans le testament, et néanmoins nous y gagnerons, sans
nous attirer la haine de ceux qui succéderont à leurs biens.
12. II sera aussi à propos de
prendre de quelques personnes de l'argent à, intérêt annuel, et de le placer
ailleurs à un plus gros intérêt, afin que ce revenu récompense l'autre ;
car cependant il pourra arriver que ces amis, qui auront ainsi prêté de l'argent,
touchés de pitié pour nous, nous abandonneront l'intérêt ou même de plus le
capital, soit par testament, soit par dotation entre-vifs, quand ils verront
que l'on fait des collèges ou que l'on bâtit des églises.
13. La Compagnie pourra, aussi
négocier avec fruit sous le nom de marchands riches qui lui seront
attachés ; mais il faut rechercher un profit certain et abondant, même
dans les Indes, qui jusqu'à présent, avec le secours de Dieu, ont non seulement
fourni des âmes, mais encore de grandes richesses à la Société.
14. Que les nôtres aient, dans
les lieux où ils résident, quelque médecin dévoué à la Compagnie, qu'elle
recommande principalement aux malades et qu'elle élève au-dessus de tous les
autres, afin que, recommandant à son tour les nôtres au-dessus de tous les
autres religieux, il fasse que nous soyons appelés auprès des principaux
malades et surtout des moribonds.
15. Que les confesseurs
visitent les malades avec assiduité, surtout ceux qui sont en danger ; et,
pour en chasser honnêtement les autres religieux et ecclésiastiques, que les
supérieurs fassent en sorte que, lorsque le confesseur est obligé de quitter le
malade, un autre lui succède et entretienne le malade dans ses bons desseins.
Cependant, il faut lui faire peur prudemment de l'enfer, etc., ou au moins du
purgatoire, et lui apprendre que comme l'eau éteint le feu, ainsi l'aumône
éteint le péché, et que l'on ne peut mieux employer ses aumônes qu'à la
nourriture et à l'entretien des personnes qui, par leur vocation font profession
d'avoir soin du salut du prochain ; qu'ainsi il aura part à leurs mérites,
et que le malade satisfera pour ses propres péchés, parce que la charité en
couvre une multitude. On peut aussi décrire la charité comme l'habit nuptial
sans lequel personne n'est reçu à la table céleste. Enfin, il lui faudra
alléguer les passages de l'Écriture et des saints Pères, qui, eu égard à la
capacité du malade, seront les plus efficaces pour l'émouvoir.
16. Que l'on apprenne aux
femmes qui se plaindront des vices de leurs maris et des chagrins qu'ils leur
causent qu'elles peuvent leur ôter secrètement quelques sommes pour expier les
péchés de leurs maris et leur obtenir grâce.
Chapitre X
De la rigueur particulière de la discipline dans
la Société
01. Il faudra congédier comme
ennemi de la Société, quels que soient sa condition ou son âge, celui qui aura
détourné nos dévots ou nos dévotes de nos églises, ou de la fréquentation des
nôtres, ou qui aura détourné des aumônes à d'autres églises, ou à d'autres
religieux, ou qui aura dissuadé quelque homme riche et bien disposé pour la
Société de lui en faire ou qui, dans le temps auquel il aura pu disposer de ses
propres biens, aura témoigné plus d'affection pour ses parents que pour la
Société (car c'est une grande marque d'un esprit non mortifié, et il faut
que les profès soient tout à fait mortifiés), ou qui aura détourné des
aumônes des pénitents, ou des amis de la Société, pour les donner à ses parents
pauvres. Mais, afin qu'ils ne se plaignent pas ensuite de la cause de leur
éloignement, qu'on ne les renvoie pas d'abord, mais qu'on les empêche
premièrement d'entendre les confessions, qu'on les mortifie et les fatigue par
les offices les plus vils ; il faut les contraindre de jour en jour de
faire des choses pour lesquels on sait qu'ils ont la plus grande
répugnance ; qu'on les éloigne des études les plus relevées et des charges
honorables; qu'on les censure dans les chapitres et dans les réprimandes
publiques; qu'on leur ôte, dans leurs habits et dans leurs meubles, tout ce qui
n'est pas tout à fait nécessaire , jusqu'à ce qu'ils en viennent au murmure et
à l'impatience, et qu'alors on les congédie comme des gens peu mortifiés, et
qui peuvent être dangereux pour les autres par leur mauvais exemple ; et,
s'il faut rendre raison aux parents et aux prélats de l'Église de ce qu'on les
a congédiés, que l'on dise qu'ils n'avaient pas l'esprit de la Société.
02. Il faudra encore congédier
ceux qui feront scrupule d'acquérir des biens à la Société, et dire qu'ils sont
attachés à leur propre jugement; que s'ils veulent rendre raison de leur action
devant les provinciaux, il faut dire qu'ils sont trop adonnés à leur propre
sens ; il ne les faut pas écouter, mais les obliger à observer la règle
qui les oblige tous à une obéissance aveugle.
03. Il faudra considérer, dès
le commencement et depuis leur jeunesse, quels sont ceux qui sont les plus
avancés dans l'affection envers la Société et ceux que l'on connaîtra avoir de
l'affection envers les autres ordres, ou les pauvres, ou leurs parents. Il les
faudra peu à peu disposer, comme l'on a dit à sortir comme étant inutiles.
Chapitre XI
Comment les nôtres se conduiron d’un commun
accord envers ceux qui auront été congédiés de la Société
01. Comme ceux que l'on aura
mis dehors savent au moins quelques-uns des secrets, le plus souvent ils
nuisent à la Compagnie. C'est pourquoi voici comment il faudra s'opposer à
leurs efforts. Avant de les mettre dehors, il faudra les obliger à promettre par
écrit, et à jurer qu'ils ne diront ni n'écriront jamais rien de désavantageux à
la Compagnie ; que cependant les supérieurs gardent par écrit leurs
mauvaises inclinations, leurs défauts et leurs vices, qu'eux-mêmes auront
découverts pour la décharge de leur conscience, selon la coutume de la Société,
et desquels, s'il est nécessaire, on puisse se servir auprès des grands et des
prélats pour empêcher leur avancement.
02. Que l'on écrive
incessamment à tous les collèges ceux qui auront été mis dehors et que l'on
exagère les raisons générales de leur éloignement ; tels que sont le peu
de mortification de leur esprit, la désobéissance, le peu d'attachement aux
exercices spirituels, l'entêtement pour soi-même etc. Qu'ensuite on avertisse
tous les autres de n'avoir point de correspondance ; avec eux ; et si
l'on parle avec les étrangers que le langage de tous soit le même, et que l'on
dise partout que la Société ne met personne dehors que pour de, grandes
raisons, et que, comme la mer, elle rejette les cadavres, etc. Que l'on insinue
aussi adroitement les raisons semblables pour lesquelles on nous hait afin que
leur éloignement soit plus plausible.
03. Que, dans les exhortations
domestiques, on persuade que, ceux que l'on a mis dehors sont des personnes inquiètes
et qui voudraient bien rentrer dans la Société, et que l'on exagère les
malheurs de ceux qui sont morts misérablement après être sortis de la Société.
04. Il faudra aussi aller au
devant des accusations que ceux qui sont sortis de la Société peuvent faire,
par l'autorité de personnes graves, qui disent partout que 1a Société ne met
personne dehors que pour de grandes raisons et qu'elle ne retranche point les
membres sains ; ce que l'on peut confirmer par le zèle qu'elle a et
qu'elle témoigne en général pour le salut des âmes de ceux qui ne lui
appartiennent pas ; et combien plus doit-elle être zélée pour le salut des
siens !
05. Ensuite, la Société doit
prévenir et obliger par toutes sortes d'offices les grands ou les prélats
auprès de qui ceux que l'on a congédiés ont commencé à avoir quelque autorité
ou, quelque crédit : il leur faudra faire voir que le bien commun d'un
ordre aussi célèbre qu'utile à l'Église doit être de plus grande considération
quo celui d'un particulier, quel qu'il puisse être ; que s'ils ont encore
de l'affection pour ceux que l'on a mis dehors, il sera bon de leur apprendre
les raisons de leur éloignement, et d'exagérer même les choses qui ne sont pas
tout à fait certaines pourvu qu'on les puisse tirer par des conséquences probables.
06. Il faudra en toute manière empêcher que ceux-là principalement qui ont abandonné la Société de leur bon gré ne soient avancés à quelques charges ou dignités de l'Église, â moins qu'ils ne se soumettent, eux et tout ce qu'ils ont, à la Société, et que tout le monde puisse savoir qu'ils en veulent dépendre.
07. Que l'on fasse de bonne
heure en sorte qu'ils, soient éloignés, autant qu'il se peut, de l'exercice des
fonctions célèbres dans l'Église, comme sont les sermons, les confessions, la
publication des livres, etc. de peur qu'ils ne s'attirent l'affection ou
l'applaudissement du peuple. Pour cela, il faudra faire, avec grand soin,
recherche de leur vie et de leurs mœurs, des compagnies qu'ils fréquentent, de
leurs occupations, etc., et pénétrer dans leurs intentions. C'est pourquoi il
faudra faire en sorte d'avoir une correspondance particulière avec quelques-uns
de ceux dé la famille chez laquelle ceux qui auront été congédiés demeureront.
D'abord que l'on aura découvert quelque chose de blâmable ou digne de censure,
il faudra le répandre par des gens de moindre qualité, et ensuite faire que les
grands et les prélats qui favorisent ceux que l'on a mis dehors aient peur de
l'infamie qui en pourrait rejaillir sur eux ; que s'ils ne font rien qui
soit digne de censure et qu'ils se conduisent d'une manière louable, que l'on
exténue par des propositions subtiles et des paroles ambiguës les vertus et les
actions que l'on loue jusqu'à ce que l'estime que l'on en faisait et la foi que
l'on y ajoutait soient diminuées ; car il importe tout à fait à la Société
que ceux qu'elle a mis dehors, et principalement ceux qui l'ont abandonnée de
leur bon gré, soient entièrement supprimés.
08. Il faut divulguer
incessamment les malheurs et les tristes accidents qui leur arrivent en
implorant néanmoins pour eux les prières des personnes pieuses, afin qu'on ne
croie pas que les nôtres agissent par passion et que dans nos maisons on les
exagère en toutes manières, afin de retenir les autres.
Chapitre XII
Qui l’on doit entretenir et conserver dans la
Société
01. Les bons ouvriers doivent
tenir la première place ; savoir ceux qui n'avancent pas moins le bien
temporel que le bien spirituel de la Société ; tels que sont le plus
souvent les confesseurs des princes et des grands, des veuves et des dévotes
riches, les prédicateurs et les professeurs, et tous ceux qui savent ses
secrets.
02. Ceux à qui les forces
manquent, et qui sont accablés de vieillesse, selon qu'ils auront employé leurs
talents pour le bien temporel de la Société, en sorte que l'on ait égard à la
moisson passée, en outre que ce sont encore des instruments propres pour
rapporte aux supérieurs les défauts ordinaires qu'ils remarquent dans les
domestiques, parce qu'ils sont toujours à la maison.
03. Il ne les faudra jamais
mettre dehors, autant que 'cela se pourra faire, de peur que la Société n'ai:
mauvaise réputation.
04. Outre cela il faudra
favoriser tous ceux oui excellent en esprit, en noblesse et en richesses,
particulièrement s'ils ont des amis et parents attachés à la Société et
puissants, et si eux-mêmes ont une affection sincère envers elle, comme on l'a
marqué ci-dessus ; il faut les envoyer à Rome ou aux universités plus
célèbres, pour étudier, ou, s'ils ont étudié en quelque province, il faut que
les professeurs les poussent avec une affection et une faveur particulières,
jusqu'à ce qu'ils !aient cédé leurs biens à la Société ; qu'on ne leur
refuse rien, mais, qu'après qu'ils l'auront fait, on les mortifie comme les
autres, ayant néanmoins toujours quelque égard au passé.
05. Les supérieurs auront aussi
des égards particuliers pour ceux qui auront attiré à la Société quelques
jeunes gens choisis, puis qu'ils n'ont pas pu témoigné leur affection envers
elle ; mais pendant qu'ils n'ont pas encore fait profession, il faut
prendre garde de n'avoir pas trop d'indulgence pour eux, de peur que peut-être
ils ne ramènent ceux qu'ils ont amenés à la Société.
Chapitre XIII
Du choix que l’on doit faire des jeunes gens
pour les admettre à la Société, et de la manière de les retenir
01. Il faut travailler avec
beaucoup de prudence à choisir des jeunes gens de bon esprit, bien faits,
nobles, ou du moins qui excellent dans l'une de ces deux choses.
02. Pour les attirer plus
facilement à notre institut, il faut que, pendant qu'ils étudient, les recteurs
de collèges et les maîtres qui les instruisent les préviennent, d'une affection
particulière et hors du temple à l'école, il faut qu'ils leur fassent voir
combien il est agréable à Dieu si quelqu'un se consacre à lui avec tout ce
qu'il a, particulièrement dans la Société de son Fils.
03. Qu'on les mène, quand
l'occasion s'en présente, par le collège et par le jardin, et même quelquefois
aux métairies; qu'ils soient avec les nôtres dans le temps des récréations, et
qu'ils leur deviennent peu à peu familiers, en prenant garde néanmoins que la
familiarité ne produise le mépris.
04. Qu'on ne permette pas que
les nôtres les châtient et les rangent à leur devoir avec les autres disciples.
05. Il les faut engager par des
petits présents, et par des privilèges conformes à leur âge, et il les faut
animer surtout par des entretiens spirituels.
06. Qu'on leur inculque que ce
n'est pas sans une providence divine qu'ils sont choisis parmi tant d'autres
qui fréquentent le même collège.
07. En d'autres occasions,
surtout dans les, exhortations, il les faut épouvanter par des menaces de
damnation éternelle, s'ils n'obéissent à la vocation divine.
08. S'ils demandent constamment
d'entrer dans là Société, que l'on digère de les admettre pendant qu'ils sont
constants, que s'ils paraissent changeants, qu'on les ménage incessamment et de
toutes sortes de manières.
09. Qu'on les avertisse
efficacement de ne découvrir leur volonté à aucun de leurs amis, ni même â leur
père et à leur mère avant qu'ils soient reçus; que s'il leur vient quelque
tentation de se dédire, et eux et la Société seront en état de faire ce qu'ils
voudront; et si on la surmonte, on aura toujours occasion de les animer, en
leur rappelant dans la mémoire ce qu'on leur a dit, si cela arrive dans le
temps du noviciat, ou après avoir fait de simples vœux.
10. La plus grande difficulté
étant d'attirer les fils des grands, des nobles et des sénateurs, pendant
qu'ils sont chez leurs parents qui les élèvent dans le dessein de les faire
succéder à leurs emplois, il leur faudra persuader, plutôt par des amis que par
des personnes de la Société, qu'ils les envoient en d'autres provinces ou dans
des universités éloignées dans lesquelles les nôtres enseignent; après avoir
envoyé des instructions aux professeurs, touchant leur qualité et leur
condition, afin qu'ils gagnent leur affection envers la Société avec plus de
facilité et de certitude.
11. Quand ils seront venus à un
âge plus mûr, il faudra les porter à faire quelques exercices spirituels, qui
ont eu souvent de bons succès parmi les Allemands et les Polonais.
12. I1 faudra les consoler dans leurs troubles et dans leurs afflictions, selon la qualité et les conditions de chacun, en employant des remontrances' et des exhortations particulières du mauvais usage des richesses, et de ne pas mépriser le bonheur d'une vocation, sous peine des supplices de l'enfer,
13. Que l'on montre aux pères,
aux mères, afin qu'ils condescendent plus facilement au désir de leurs enfants
d'entrer dans la Société, l'excellence de son institut en comparaison des
autres ordres, la sainteté et le savoir de nos pères, leur réputation parmi
tout le monde, l'honneur et les applaudissements universels qu'ils reçoivent
des grands et des petits. Qu'on leur fasse une énumération des princes et des
grands qui, à leur grande consolation, ont vécu dans cette Compagnie de Jésus,
qui y sont morts, et qui y vivent encore. Qu'on leur montre combien il est
agréable à Dieu que les jeunes gens se consacrent à lui, surtout dans la
Compagnie de son Fils, et combien il est bon qu'un homme ait porté le, joug du
Seigneur en sa jeunesse; que si l'on fait difficulté à cause de la grande
jeunesse, qu'on fasse voir la facilité de notre institut, qui n'a rien de fort
fâcheux, excepté l'observation de trois vœux, et, ce qui est fort remarquable
qu'aucune règle n'oblige pas, même sous peine de péché véniel.
Chapitre XIV
Des cas réservés et des motifs de renvoi de la
Société
01. Outre les cas exprimés dans
les constitutions, et dont le supérieur seul ou le confesseur ordinaire, avec
sa permission, pourra absoudre, il y a la sodomie la mollesse, la fornication,
l'adultère, l'attouchement impudique d'un mâle ou d'une femelle; et outre cela
si quelqu'un, sous prétexte de zèle, fait quelque' chose de grave contre la
Société, son honneur où son intérêt tous motifs légitimes de congédier ceux qui
en sont coupables.
02. Si quelqu'un avoue en
confession quelque chose de semblable, qu'on ne lui adonne pas l'absolution
avant qu'il ait promis qu'il le déclarera au supérieur de lui-même ou par son
confesseur; alors le supérieur agira au mieux de la Société; et si l'on a
quelque espérance de cacher le crime, il faudra punir le coupable par une
pénitence convenable ou le congédier au plus tôt; que cependant le confesseur
se garde bien de dire au pénitent qu'il est en danger d'être mis dehors.
03. Si quelqu'un de nos
confesseurs a oui de quelque personne étrangère qu'elle a commis quelque chose
de honteux avec quelqu'un de la Société, qu'il ne l'absolve pas avant qu'elle
lui ait dit, hors de la confession, le nom de celui avec lequel elle a péché;
si elle le dit, qu'on la fasse jurer qu'elle ne le dira jamais à personne sans
le consentement de la Société.
04. Si deux des nôtres ont
péché charnellement, que celui qui le déclarera le premier soit retenu dans la
Société et l'autre congédié. Mais que celui que l'on retient soit ensuite si
fort mortifié et si maltraité, que par chagrin et par impatience il donne
occasion de le congédier, occasion qu'il faudra saisir aussitôt.
05. La Compagnie étant un corps
noble et excellent dans l'Église, elle pourra retrancher d'elle-même ceux qui
ne paraîtront pas propres à l'exécution de notre institut, quoiqu'on 'en fût
satisfait au commencement, et l'on en trouvera facilement l'occasion si on les
maltraite perpétuellement et que tout se fasse contre leur inclination si on
les met sous des supérieurs sévères et qu'on les éloigne des études et des
fonctions les plus honorables, etc., jusqu'à ce qu'ils viennent à murmurer.
06. Il ne faut retenir en
aucune manière ceux qui s'élèvent ouvertement contre les supérieurs, ou qui se
plaignent en public ou en secret de leurs confrères et ni ceux qui, auprès des
nôtres ou des étrangers, condamnent la conduite de la Société, pour ce qui
regarde l'acquisition ou l'administration des biens temporels ou ses autres
manières d'agir; par exemple, de fouler aux pieds ou d'opprimer ceux qui ne lui
veulent pas 'de bien ou qu'elle a chassés; etc., et même ceux qui dans la
conversation' souffrent ou défendent les Vénitiens, les Français et les autres
par lesquels la Compagnie a été chassée ou a souffert de grands dommages.
07. Avant de mettre dehors
quelqu'un, il le faut extrêmement maltraiter, l'éloigner des fonctions
auxquelles il est accoutumé, et l'appliquer à diverses choses. Quoiqu'il les
.fasse bien, il le faut censurer, et, sous ce prétexte l'appliquer encore à une
autre chose; pour une légère faute qu'il aura commise qu'on lui impose de rudes
peines, qu'on lui fasse en public de la confusion jusqu'à le faire impatienter,
et enfin qu'on le chasse comme étant dangereux pour les autres, et pour cela
qu'on choisisse une occasion qu'il ne soupçonne pas.
08. Si quelqu'un des nôtres a
une espérance certaine d'obtenir un évêché, ou quelque autre dignité
ecclésiastique, contre les veux ordinaires de la Société qu'on le contraigne
d'en faire un autre; c'est qu'il aura toujours de bons sentiments pour
l'institut de la Société, qu'il en parlera bien, qu'il n'aura point de
confesseur qui n'en soit, et qu'il ne fera rien qui soit de quelque conséquence
qu'après avoir oui le jugement de la Société. Ce qui n'ayant pas été observé par
le cardinal Tolet la Société a obtenu du Saint siège qu'aucun marrane, descendu
des juifs ou des mahométans, n'y serait admis qui ne voudrait faire un
semblable vœu et que, quelque célèbre qu'il fût on le mettrait dehors comme un
violent ennemi de la Société.
Chapitre XV
Comment il faut se conduire envers les
religieuses et les dévotes
01. Que les confesseurs et les
prédicateurs se gardent bien d'offenser les religieuses, ou de leur donner
aucune tentation contre leur vocation; mais, au contraire, ayant gagné
l'affection des supérieures, qu'ils fassent en sorte de recevoir au moins les
confessions extraordinaires et qu'ils les entretiennent s'ils espèrent bientôt
quelque reconnaissance pour eux. Car les abbesses, principalement les riches et
les nobles peuvent beaucoup servir la Société, et par elles-mêmes, Et par leurs
parents et leurs amis, en sorte que, par la connaissance des principaux
monastères, la Société peut parvenir à la connaissance et à l'amitié de presque
toute la ville.
02. Il faudra néanmoins
défendre à nos dévotes de fréquenter des monastères de femmes de peur que leur
manière de vivre ne leur plaise davantage, et que la Société ne soit frustrée
dans l'attente de tous les biens qu'elles possèdent. Qu'on les engage à faire
vœu de chasteté et d'obéissance entre les mains de leur confesseur; et qu'on
leur montre que cette manière de vivre est conforme aux murs de la primitive
Église, puisqu'elle éclaire dans la maison et qu'elle n'est point cachée sous
1e boisseau, sans que les âmes en soient édifiées; outre qu'à l'exemple des
veuves de l'Évangile, elles font du bien à Jésus-Christ en donnant à sa
Compagnie. Enfin, qu'on leur dise tout ce qui se peut dire au préjudice de la
vie Claustrale; et qu'on leur fasse ces instructions sous le sceau du silence,
de peur qu'elles ne viennent aux oreilles des religieux.
Chapitre XVI
De la manière de faire profession de mépriser
les richesses
01. Pour éviter que les
séculiers ne nous attribuent trop de passion pour les richesses, il sera utile
de refuser quelquefois les aumônes de moindre conséquence, que l'on offre pour
les offices rendus par notre Société; quoiqu'il faille accepter les moindres
des gens qui nous sont attachés de peur qu'on ne nous accuse d'avarice si nous
ne recevons que les plus considérables.
02. Il faudra refuser la
sépulture aux personnes obscures dans nos églises, quoiqu'elles aient été fort
attachées à la Société, de peur qu'il ne semble que nous cherchions des
richesses par la multitude des morts, et que l'on ne voie le profit que nous
faisons.
03. Il faudra agir fort
résolument à l'égard des veuves et des autres personnes qui auront donné leurs
biens à la Société, et avec plus de vigueur tout étant égal, qu'avec les
autres, de peur qu'il ne semble que nous favorisions plus les uns que les
autres, par la considération des biens temporels. Il faut même observer la même
chose à l'égard de ceux qui sont dans la Société, mais avec toute sorte de
prudence, afin qu'ils laissent au moins une partie à la Compagnie de ce qu'ils lui
ont donné, ou qu'ils le lui lèguent par testament en mourant.
Chapitre XVII
Des moyens d’avancer la société
01. Que tous tâchent
principalement, même en des choses de petite importance, d'être du même
sentiment, ou au moins qu'ils le disent extérieurement; car ainsi quelque
trouble qu'il y ait dans les affaires du monde, la Société s'augmentera et
s'affermira nécessairement.
02. Que tous s'efforcent de
briller par leur savoir et par leur bon exemple, afin qu'ils surpassent tous
les autres religieux, et particulièrement les pasteurs, etc.; et qu'enfin, le
vulgaire fasse que les nôtres fassent tout. Que l'on dise même en public qu'il
n'est pas besoin que les pasteurs aient tant de savoir, pourvu qu'ils
s'acquittent bien de leurs devoirs, parce qu'ils peuvent se servir du conseil
de la Société qui, à cause de cela, doit avoir les études en grande
recommandation.
03. Il faut faire goûter aux
rois et aux princes cette doctrine que la foi catholique ne peut subsister dans
l'état présent sans politique; mais en cela il faut employer beaucoup de
discrétion. Par là les nôtres seront agréables aux grands et seront reçus dans
les conseils les plus secrets.
04. On pourra entretenir leur
bienveillance en transcrivant de tontes parts des nouvelles choisies et
assurées.
05. II ne sera pas d'un petit avantage d'entretenir secrètement et avec prudence les divisions des grands, même en ruinant mutuellement leur puissance. Que, si l'on voit qu'il y a apparence qu'ils se réconcilieront, la Société tâchera d'abord de les accorder, de peur qu'elle ne soit prévenue par d’autres
06. Il faudra en toute manière
persuader au vulgaire principalement et aux: grands que la Société n'a pas été
établie sans une providence divine particulière, selon les prophéties de l'abbé
Joachim, afin que l'Église, humiliée par les hérétiques, soit relevée.
07. Après avoir gagné la faveur
des grands et des évêques, il faudra se saisir des cures et des canonicats,
pour réformer plus exactement le clergé qui vivait autrefois sous une certaine
règle avec ses évêques et tendait à la perfection. Enfin, il faudra aspirer aux
abbayes et aux prélatures, qu'il ne sera pas difficile d'avoir, si l'on
considère la fainéantise et la stupidité des moines, lorsqu'elles viendront à
vaquer ; car il serait avantageux à l'Église, que tous les évêchés fussent
tenus par la Société, et même le siège apostolique, principalement si le pape
devenait prince temporel de tous les biens. C'est pourquoi il faut peu à peu,
mais prudemment et secrètement, étendre le temporel de la Société; et il ne
faut pas douter que ce ne fût alors un siècle d'or, que l'on n'y jouit d'une
paix continuelle et universelle, et que, par conséquent, la bénédiction divine
n'accompagnât l'Église,
08. Que si l'on n'espère pas
parvenir là, puisqu'il est nécessaire qu'il arrive des scandales, il faudra
changer de politique selon le temps, et exciter tous les princes amis des
nôtres à se faire mutuellement de terribles guerres, afin que l'on implore
partout le secours de la Société, et qu'on l'emploie à la réconciliation
publique, comme la cause du bien commun, et qu'elle soit récompensée des
principaux bénéfices et des dignités ecclésiastiques.
09. Enfin, la Société après
avoir gagné la faveur et la protection des princes, tâchera d'être au moins
redoutée de ceux dont elle n'est pas aimée.
La fin